Irrigation et gestion collective

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La pratique de l’irrigation agricole en Lozère est multiple, avec notamment les béals, ouvrages emblématiques. Elle est difficile à appréhender en terme quantitatif en raison notamment d’un fonctionnement particulier lié au prélèvement gravitaire (volume restitué au milieu). Les chiffres du Recensement Général Agricole de 2007 indique que 0,6 % de la Surface Agricole Utilisée départementale est irriguée, contre 11 % au niveau national.

Depuis 2008, certains irrigants du département de la Lozère se sont engagés dans une démarche collective de régularisation de leurs prélèvements en eau auprès des services de la DDT. Cette organisation a permis à ces irrigants d’être en conformité mais surtout d’avoir une lisibilité sur la pérennité de leur prélèvement. Il s’agit de surfaces fourragères mais également maraîchères ou autres productions végétales, arrosées par aspersion, goutte à goutte,… disposant pour certains d’un dispositif de stockage et bénéficiant d’un arrosage par gravité ou pompage, principalement à partir d’un cours d’eau.

Par mandat à la Chambre d'Agriculture de la Lozère portant la demande collective, les préleveurs ont ainsi pu obtenir une autorisation pluriannuelle valable pour une durée de 10 ans (2009-2019), cela sur plusieurs sous bassins versants du département : Bramont, Colagne, Lot, Tarn, Tarnon, Gardons, Chapeauroux. La demande de renouvellement est en cours pour les années à venir.

Ainsi par secteur, un calendrier des tours d’eau est établi chaque printemps au vu des besoins des exploitations agricoles et des possibilités de prélèvement. Les capacités du milieu sont respectées et l’équité entre les irrigants ainsi assurée.

Cette gestion collective et concertée est essentielle, d’autant plus dans un contexte de tension au niveau de la ressource en eau. Elle est garante d’une activité agricole qui anticipe et s’adapte aux évolutions réglementaires et sociétales.

Elle implique des étapes préalables réalisées par la Chambre d’Agriculture avec l’aide de partenaires tels que le COPAGE :

  •     information et sensibilisation des agriculteurs à la réglementation
  •     enquêtes et évaluations des besoins en eau pour l’irrigation
  •     structuration et création des associations d’irrigants
  •     accompagnement des agriculteurs dans la mise en place de la gestion collective
  •     information et accompagnement des démarches d’optimisation

La question de la ressource en eau disponible est de plus en plus prégnente du fait du dérèglement climatique. La sécurisation de la ressource passe par la création de nouvelles retenues d'eau avec l'accompagnement de la Chambre d'Agriculture.

L'irrigation gravitaire en Lozère

Contexte territorial

Le territoire lozérien du fait de sa topographie et de ses caractéristiques climatiques a été aménagé pour répondre aux besoins de ses habitants. La gestion de la ressource en eau a toujours été une problématique majeure. Avec l’irrégularité des apports pluviométriques générant surabondance ou déficit hydrique chronique, l’eau est un enjeu fort qui concentre les attentions et pour lequel de nombreux outils gestionnaires et réglementaires se sont mis en place au fil du temps.

L’activité agricole est totalement dépendante de l’accès à l’eau et de la disponibilité de la ressource. Sur certains secteurs plus difficiles du territoire lozérien, du fait du peu d’eau et des contraintes liées au relief, des siècles de travaux de nivellement et d’aménagement ont laissé des empreintes dans le paysage : terrasses, murets de pierres sèches, canaux d’adduction de l’eau… Les béals font partie des ouvrages conçus par l’homme pour s’adapter aux conditions difficiles et permettre le développement de l’activité agricole (irrigation, abreuvement du bétail, mais également fonctionnement des moulins et soutien aux sources).

Ces aménagements qui étaient utilisés partout sur l'Aubrac et la Margeride, sont aujourd'hui particulièrement rencontrés en Cévennes, notamment sur les Gardons et le Chassezac. L’usage des béals ou rases pour l’irrigation est toujours actuel également sur d’autres secteurs de Margeride comme le bassin versant de la Colagne par exemple. Le nombre d’usagers est néanmoins difficile à appréhender, excepté pour ceux inscrits dans une démarche de gestion collective accompagnée par la Chambre d’Agriculture.

Les béals : ouvrages hydrauliques et savoir-faire

D’un point de vue agricole, les béals ou rases constituent des ouvrages hydrauliques permettant l’irrigation gravitaire de parcelles en herbe avec verger pour certaines, ainsi que l’abreuvement des animaux par la dérivation d’eau à partir d’un cours d’eau. La faible pente des canaux et béals permet d’amener l’eau à plusieurs kilomètres de la prise, et ainsi d’approvisionner des parcelles et des terrasses qui n’auraient jamais pu l’être sans ces aménagements.

Certains ouvrages ont été façonnés en pierres sèches. Aujourd’hui, leur renforcement se fait avec de nouvelles techniques. Ils sont le témoin de l’ingéniosité et du savoir-faire des hommes. Leur construction et leur entretien requièrent de maîtriser des notions d’hydraulique (pente, débit, répartition de l’eau…) mais également les gestes techniques artisanaux de la construction (pierres sèches, maçonnerie, seuil…).

D’autres ouvrages ont été creusés directement dans la terre, nécessitant eux aussi une technicité et un entretien important, notamment par rapport à la perméabilité.

Au-delà de leur intérêt pour l’activité agricole, les béals s’inscrivent dans le patrimoine commun lozérien, au même titre que les terrasses cévenoles. Ils font appel à des connaissances et savoir-faire particuliers, artisanaux, historiques et techniques qu’il convient de reconnaître et préserver. Leur intérêt patrimonial est indéniable et participe à l’identité culturelle du territoire.

Contraintes actuelles et risques pour le futur

La notion réglementaire de débit réservé ou la considération d'un prélèvement net conduisent aujourd'hui à inciter fortement les usagers à faire évoluer leurs pratiques, voire abandonner les canaux, béals ou rases qu'ils ont façonnés depuis plusieurs dizaines d'années et leurs parents auparavant. Il y a là une rupture entre un dispositif législatif, certes indispensable, mais manquant de discernement s’agissant des spécificités locales, et des pratiques empiriques.

D’autre part, la Lozère située en tête de plusieurs bassins versants revêt une responsabilité forte en termes de protection contre les inondations et de gestion de la ressource en eau. Ces ouvrages hydrauliques anciens permettent notamment de ralentir l'écoulement vers les cours d'eau et favorisent le ruissellement (renforçant l’effet d’épuration et de soutien aux sources qui peuvent être liées).

Au-delà de cet aspect, aujourd'hui encore, des activités économiques dépendent de ces ouvrages. Malgré un temps d'entretien important et un contexte réglementaire défavorable, des éleveurs valorisent l'eau des béals pour l'abreuvement de leurs animaux, la submersion de leurs prairies. D’autres sont toujours utilisés pour alimenter un moulin, une pisciculture ou pour permettre l’arrosage de jardins potagers. Les usages perdurent. C’est donc qu’ils sont fondés.

Plusieurs situations font actuellement l'objet de discussions et d'expertises. Des alternatives techniques sont envisageables mais si elles ont une réalité et un frein d'abord économiques, les effets de l'abandon volontaire de ces béals sont sous-estimés. C'est de l'identité du territoire et de ses habitants dont il est question.

C'est aussi de l'avenir socio-économique de ces territoires qui devront disposer d'eau pour s'inscrire dans les démarches de productions localisées attendues par les consommateurs. De réelles possibilités d'installation et de projets agricoles existent si les contraintes réglementaires sont levées.

Contact

Vous souhaitez un renseignement ?

Anne-Claire GUENEE

Responsable actions territoriales (spécialisée eau, foncier, urbanisme) et encadrement des activités du COPAGE

Tél : 04 66 65 62 00

Chef de service référent

Jean Charles COMMANDRE

Chef de Service Moyens Généraux, eau, bâtiment, équipement, forêt

Tél : 04 66 65 62 00

A télécharger

Irrigation : usages connus en Lozère en 2016